Mon histoire avec Paris commence par le verbe Oublier.

Le souvenir de ma première visite s’est effacé aussi facilement qu’il a ressurgi soudainement il y a quelques années…

Je viens à Paris pour la première fois à l’âge de treize ans, c’est mon premier voyage à l’étranger. Je tiens entre mes mains un passeport couleur bordeaux sur lequel il est écrit en lettres d’or « L’Union des Républiques Soviétiques », il sent le cuir neuf, d’un coup je me sens adulte et ce sentiment m’amuse.

On arrive à Paris en plein hiver. Il pleut, il neige. Je fais partie d’un groupe de danse, on est en tournée en Europe. Aucune sortie culturelle n’est prévue pour nous. Nous allons donner plusieurs representations dans la capitale et puis j’aperçois Paris pendant quelques jours par la vitre embuée du bus touristique.

La dernière representation a lieu dans un bâtiment très haut. Nous sommes au dernier étage. Il nous est formellement interdit  de quitter les vestiaires mais l’attente étant longue, les aînés des garçons décident de monter sur les toits pour fumer. Je suis la seule fille à les suivre. Évidemment.

La petite lucarne s’entrouvre et je vois le brouillard de janvier, mon souffle est coupé par l’infini de toits gris mouillés truffés de petites cheminées fumant gaiement.

Je reste quelques instants sans voix mais en regardant autour de moi, je me fais la promesse de revenir.

Le lendemain on quitte Paris et les toits parisiens se perdent dans le défilé d’autres villes: Rome, Berlin, Varsovie. Ma promesse est une promesse d’enfant. Une fois rentrée j’oublie Paris complètement. Ou presque ?