C’est l’été indien et je suis Place des Vosges. J’imagine que dans l’un des hôtels particuliers, Madame de Sévigné écrit une lettre à sa fille. Un rayon de soleil est figé sur sa fenêtre, il fait doux dans la pièce, quelques feuilles de papiers trainent sur le parquet en chêne. Plongée dans l’écriture, elle s’arrête, la plume à la main et écoute. Ce sont les garçons dehors qui la tirent de ses pensées. Ils courent, jouent au foot, leurs visages sont rouges, leurs fronts sont couverts de gouttelettes de sueur mêlées à leurs mèches rebelles.

Les garçons crient fort et dans ce cri, il y a la Vie. L’Instant.

Un jour, ils disparaîtront. Moi aussi.

Mais mon âme, je le sais, restera ici, dans le Marais. Dans le feuillage des arbres, dans l’ombre des silhouettes papotant sur les bancs verts, dans le rire des enfants dans le square, dans le cri des mouettes, dans les sourires malins des mascarons en pierre qui savent tout mais ne disent rien, dans le vent qui murmure des secrets aux maisons, dans les boules de glace, dans les boiseries des portes cochères, dans le soprano d’un homme habillé étrangement qui chante sous les arcades bicolores, dans la tiédeur du soir qui caresse de vieux pavés et des façades ocres, dans les baisers osés des amoureux sur la pelouse, dans le mouvement insaisissable d’une petite vieille qui danse sur des airs de jazz devant le musée Carnavalet, dans la pluie qui efface sans regret nos traces.