19 décembre 2018

Les français sont gâtés

Quand on crée quelque chose il est important d’être compris au-delà du fait que cela plaise.

J’entends  » je comprends ce que tu fais et pourquoi tu le fais  » et je suis rassurée de savoir que quelqu’un d’autre voit le monde de la même façon que moi.

Giulia, la fondatrice du site « Les français sont gâtés » cherche à comprendre. Elle prend le temps d’aller au fond des choses, de connaitre la source.

Comprendre et parler pour soutenir des créateurs est sa vocation.

Vous pouvez lire une belle interview qu’elle m’a consacrée sur son site : https://www.lesfrancaissontgates.com/regions/une-jolie-ballade-parisienne

C’est la rue de Rivoli au mois de mars vers 8 heures du matin.

Je retrouve mes deux clientes australiennes pour une balade dans Paris. La pluie vient de cesser et sur les trottoirs il reste encore des flaques d’eau dans lesquelles s’installe le soleil.

Une journée avec deux amies de toujours…

La baguette tiède en marchant sous la pluie, des histoires, des fous rires, le cadran du Musée d’Orsay, leurs souvenirs, mes souvenirs, nos rides qui se creusent, une rue médiévale, nos manteaux de pluie qui s’envolent au vent, l’accordéon triste, le chapeau élégant de l’une, le pull de grand-mère de l’autre. La complicité de nos silhouettes allongées traversant le pont Louis Philippe. Chercher l’abri, se poser, une minuscule table bancale, des lumières tamisées, Baudelaire, nos vies, enfants, divorces, mariages, chocolat chaud avec la mousse pour toutes les trois. Nos doigts sur la tasse. Les yeux dans le vague. Le cri des mouettes.

Cela fait maintenant 4 ans. Les endroits ça laisse des souvenirs,  certes, mais les gens…

20 novembre 2018

Place des Vosges

C’est l’été indien et je suis Place des Vosges. J’imagine que dans l’un des hôtels particuliers, Madame de Sévigné écrit une lettre à sa fille. Un rayon de soleil est figé sur sa fenêtre, il fait doux dans la pièce, quelques feuilles de papiers trainent sur le parquet en chêne. Plongée dans l’écriture, elle s’arrête, la plume à la main et écoute. Ce sont les garçons dehors qui la tirent de ses pensées. Ils courent, jouent au foot, leurs visages sont rouges, leurs fronts sont couverts de gouttelettes de sueur mêlées à leurs mèches rebelles.

Les garçons crient fort et dans ce cri, il y a la Vie. L’Instant.

Un jour, ils disparaîtront. Moi aussi.

Mais mon âme, je le sais, restera ici, dans le Marais. Dans le feuillage des arbres, dans l’ombre des silhouettes papotant sur les bancs verts, dans le rire des enfants dans le square, dans le cri des mouettes, dans les sourires malins des mascarons en pierre qui savent tout mais ne disent rien, dans le vent qui murmure des secrets aux maisons, dans les boules de glace, dans les boiseries des portes cochères, dans le soprano d’un homme habillé étrangement qui chante sous les arcades bicolores, dans la tiédeur du soir qui caresse de vieux pavés et des façades ocres, dans les baisers osés des amoureux sur la pelouse, dans le mouvement insaisissable d’une petite vieille qui danse sur des airs de jazz devant le musée Carnavalet, dans la pluie qui efface sans regret nos traces.

9 novembre 2018

Un signe du destin

Mon histoire avec Paris commence par le verbe Oublier.

Le souvenir de ma première visite s’est effacé aussi facilement qu’il a ressurgi soudainement il y a quelques années…

Je viens à Paris pour la première fois à l’âge de treize ans, c’est mon premier voyage à l’étranger. Je tiens entre mes mains un passeport couleur bordeaux sur lequel il est écrit en lettres d’or « L’Union des Républiques Soviétiques », il sent le cuir neuf, d’un coup je me sens adulte et ce sentiment m’amuse.

On arrive à Paris en plein hiver. Il pleut, il neige. Je fais partie d’un groupe de danse, on est en tournée en Europe. Aucune sortie culturelle n’est prévue pour nous. Nous allons donner plusieurs representations dans la capitale et puis j’aperçois Paris pendant quelques jours par la vitre embuée du bus touristique.

La dernière representation a lieu dans un bâtiment très haut. Nous sommes au dernier étage. Il nous est formellement interdit  de quitter les vestiaires mais l’attente étant longue, les aînés des garçons décident de monter sur les toits pour fumer. Je suis la seule fille à les suivre. Évidemment.

La petite lucarne s’entrouvre et je vois le brouillard de janvier, mon souffle est coupé par l’infini de toits gris mouillés truffés de petites cheminées fumant gaiement.

Je reste quelques instants sans voix mais en regardant autour de moi, je me fais la promesse de revenir.

Le lendemain on quitte Paris et les toits parisiens se perdent dans le défilé d’autres villes: Rome, Berlin, Varsovie. Ma promesse est une promesse d’enfant. Une fois rentrée j’oublie Paris complètement. Ou presque ?

9 novembre 2018

Un cours de français

Récemment, j’ai donné un cours de français à une cliente japonaise. Elle a appris le français à l’université mais ne l’ayant pas pratiqué depuis des années, elle avait quelques problèmes de grammaire et de prononciation.

Dans ma vie, j’ai peut-être rencontré deux ou trois Japonais, et je ne connais pas bien leur mentalité. J’ai essayé d’organiser le cours au mieux : je parlais lentement et distinctement, je prenais mon temps pour expliquer des règles, nous avons lu un poème ensemble, à haute voix. Mais elle ne semblait pas impliquée. Pour la faire parler, je lui ai demandé quelle était sa passion. Les traits de son visage sont restés neutres et seuls ses  yeux ont trahi son excitation.

– « Origami », m’a-t-elle répondu.

J’avais une idée assez vague de ce qu’était l’origami mais j’avais honte de l’avouer pour ne pas la décevoir. À la fin du cours, j’avais toujours du mal à lire les émotions sur son visage. Était-elle contente ? Avait-elle compris mes explications? Nous allions nous lever et nous dire au revoir quand je l’ai vu plonger sa main dans son sac et en sortir quelque chose de blanc. Une seconde après, un cygne en papier se dressait sur sa paume.

« C’est un origami que j’ai fait et c’est pour vous ».

Kleneex.