21 février 2019

Théâtre du Marais

Je n’oublierai jamais cette année où, me baladant dans mon Marais chéri, j’ai vu une annonce pour des cours de théâtre amateurs sur le mur de l’immeuble… J’ai été fascinée par les photos des gens déguisés, maquillés qui vivaient une autre vie sur scène.

L’inscription a été rapide, j’étais très emballée.
Mais mon enthousiasme s’est très vite évaporé quand j’ai lu les morceaux que notre professeur nous a proposés, je n’aimais pas les personnages, je ne m’y voyais pas… C’est le livre de Jean-Michel Ribes « Théâtre sans animaux  » qui m’a secouru.

Il faut dire qu’il m’a  beaucoup fait rire et j’ai particulièrement adoré le personnage de Louise (la pièce s’appelle « Bravo »), une mégère parfaite qui commande et étouffe son mari. Certes c’est un cliché mais qui m’a tellement plu que cela m’a donné envie d’interpréter le rôle.
Je ne sais pas si dans toute femme dort une mégère qui se réveille quand elle se marie, en tout cas j’en ressentais très bien le personnage 😂

J’ai choisi un morceau, imprimé le texte, et invité Daniel à être mon mari-victime. Je l’ai attrapé par le coude après les cours, lui ai dit de s’assoir et lui ai lu le texte dans la pénombre de la salle et du velours des fauteuils rouges.
Il a  donné son accord illico.

Sans vous raconter tout ce qui s’est passé le jour de la première,  savez-vous que par curiosité j’ai voulu apercevoir les spectateurs avant le spectacle (quelle idée stupide ! ), que j’ai entrouvert le rideau, et que juste après j’ai été tétanisée par la peur, que j’avais l’impression d’avoir oublié tout mon texte, que Daniel et moi on se tenait par la main comme deux gamins angoissés avant le spectacle à la maternelle alors que c’était notre tour… Depuis, j’ai arrêté le théâtre mais j’attends avec impatience un créneau dans mes horaires très chargés  pour recommencer.

7 janvier 2019

Les signes du destin

Au moment où je rencontre Alain Rey (lexicographe et linguiste français) à l’Opéra de Kiev, je viens de décrocher mon diplôme et je sais déjà suffisamment parler français pour pouvoir tenir une conversation avec ce grand monsieur.

Ce que je ne sais pas, c’est que dans quelques mois seulement, un matin et sans crier gare, je vais prendre dans ma cuisine la décision du siècle, partir en France.

« Pour vivre ailleurs et pour pratiquer le français » c’est comme ça que j’ai formulé la version officielle pour tout le monde et pour moi aussi car à l’époque je ne comprenais pas que partais à la recherche de moi-même et que c’était ça la vraie raison.

 Et vous, vous partez ou vous restez dans votre cuisine ?

19 décembre 2018

Les français sont gâtés

Quand on crée quelque chose il est important d’être compris au-delà du fait que cela plaise.

J’entends  » je comprends ce que tu fais et pourquoi tu le fais  » et je suis rassurée de savoir que quelqu’un d’autre voit le monde de la même façon que moi.

Giulia, la fondatrice du site « Les français sont gâtés » cherche à comprendre. Elle prend le temps d’aller au fond des choses, de connaitre la source.

Comprendre et parler pour soutenir des créateurs est sa vocation.

Vous pouvez lire une belle interview qu’elle m’a consacrée sur son site : https://www.lesfrancaissontgates.com/regions/une-jolie-ballade-parisienne

C’est la rue de Rivoli au mois de mars vers 8 heures du matin.

Je retrouve mes deux clientes australiennes pour une balade dans Paris. La pluie vient de cesser et sur les trottoirs il reste encore des flaques d’eau dans lesquelles s’installe le soleil.

Une journée avec deux amies de toujours…

La baguette tiède en marchant sous la pluie, des histoires, des fous rires, le cadran du Musée d’Orsay, leurs souvenirs, mes souvenirs, nos rides qui se creusent, une rue médiévale, nos manteaux de pluie qui s’envolent au vent, l’accordéon triste, le chapeau élégant de l’une, le pull de grand-mère de l’autre. La complicité de nos silhouettes allongées traversant le pont Louis Philippe. Chercher l’abri, se poser, une minuscule table bancale, des lumières tamisées, Baudelaire, nos vies, enfants, divorces, mariages, chocolat chaud avec la mousse pour toutes les trois. Nos doigts sur la tasse. Les yeux dans le vague. Le cri des mouettes.

Cela fait maintenant 4 ans. Les endroits ça laisse des souvenirs,  certes, mais les gens…

20 novembre 2018

Place des Vosges

C’est l’été indien et je suis Place des Vosges. J’imagine que dans l’un des hôtels particuliers, Madame de Sévigné écrit une lettre à sa fille. Un rayon de soleil est figé sur sa fenêtre, il fait doux dans la pièce, quelques feuilles de papiers trainent sur le parquet en chêne. Plongée dans l’écriture, elle s’arrête, la plume à la main et écoute. Ce sont les garçons dehors qui la tirent de ses pensées. Ils courent, jouent au foot, leurs visages sont rouges, leurs fronts sont couverts de gouttelettes de sueur mêlées à leurs mèches rebelles.

Les garçons crient fort et dans ce cri, il y a la Vie. L’Instant.

Un jour, ils disparaîtront. Moi aussi.

Mais mon âme, je le sais, restera ici, dans le Marais. Dans le feuillage des arbres, dans l’ombre des silhouettes papotant sur les bancs verts, dans le rire des enfants dans le square, dans le cri des mouettes, dans les sourires malins des mascarons en pierre qui savent tout mais ne disent rien, dans le vent qui murmure des secrets aux maisons, dans les boules de glace, dans les boiseries des portes cochères, dans le soprano d’un homme habillé étrangement qui chante sous les arcades bicolores, dans la tiédeur du soir qui caresse de vieux pavés et des façades ocres, dans les baisers osés des amoureux sur la pelouse, dans le mouvement insaisissable d’une petite vieille qui danse sur des airs de jazz devant le musée Carnavalet, dans la pluie qui efface sans regret nos traces.